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Lamia safieddine: un style artistique innovant

Chorégraphe et danseuse, originaire du Liban, Lamia Safieddine danse sur scène dès l’âge de 6 ans. A dix huit ans, elle entreprend de développer un style qui lui serait propre et éloigné de tout formalisme académique.

Dans son désir d’embrasser un art total qui unifierait ses multiples appartenances et influences, façonnés au gré de ses voyages et des péripéties de sa vie, Lamia Safieddine choisit une voie qui se distingue par la synthèse de différentes danses des mondes arabe, africain, latino et européen.

Lamia Safieddine a complété sa formation par des cours sur la technique de danse créative et des stages à l’école du mime Marceau. Elle développa depuis 1990 un style qui lui est personnel : la Danse Arabe Contemporaine.

 Précise, raffinée, légère, sa danse est aérienne et envoûtante. Son corps, habité, transporté  par la musique et les mots, semble s’envoler. Lamia Safieddine allie sa parfaite maîtrise du corps et du rythme à la grâce des danseuses de l’Orient. Remarquable par sa virtuosité technique, son travail du corps et sa gestuelle élégante, séduit également par l’expressivité de son visage, qui reflète toutes les émotions de l’âme, souvent oubliées dans l’interprétation des danses traditionnelles arabes. 

Elle réussit à préserver l’essence de la danse traditionnelle arabe en la dotant d’une dimension nouvelle, moderne. En ceci Lamia Safieddine peut se prévaloir d’avoir fortement contribué à faire évoluer la danse arabe et son image, altérée ou réductrice, tant en Orient qu’en Occident. Elle fait honneur à la danse classique arabe, danse aux variantes aussi multiples que l’étendue du monde arabe lui-même. 

Sa carrière artistique est complète. Elle a dansé avec les plus grands compositeurs arabes et sur le meilleur répertoire de la musique traditionnelle et contemporaine arabe, du Mashreq (Orient) au Maghreb. Chorégraphe elle a mis en scène plusieurs spectacles et réalisé plusieurs tournées en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Amérique Latine. 

Après avoir fondé en 1998 « La Compagnie de danses du monde AICOO », Lamia Safieddine crée en 2004 « La compagnie Lamia Safieddine » dont l’objet est de promouvoir la recherche, l’étude, la documentation, la formation professionnelle, la création de spectacles et l’organisation de toutes sortes d’activités et de manifestations culturelles  dans les domaine de la chorégraphie, de « la danse du monde » et, à une échelle plus large, dans le domaine théâtral et musical.

Les danses de l’Orient ont pu survivre jusqu’à aujourd’hui parce qu’elles sont parmi les danses les plus ouvertes aux innovations, tout en s’appuyant sur la tradition. Ainsi est né ce langage chorégraphique particulier à Lamia Safieddine appelé Danse Arabe Contemporaine. Elle le développe dès les années 80, bien avant que les rythmes arabes ne deviennent un phénomène de mode en France.

La danse et la personnalité de Lamia Safieddine sont à eux seuls le fruit d’un croisement de cultures. Forte de son vécu dans différents continents, elle nourrit sans cesse son art de l’interculturalité.

Cette danse ne rompt pas avec les danses de l’Orient, mais la prolonge, tout en la contrebalançant par la volonté d’interpeller le spectateur, en inaugurant un type inédit de rapport avec le public, afin de parvenir à une recomposition de l’esthétique dominante. Il s’agit, à partir d’une gestuelle ancestrale mais souvent utilisée de piètre manière, de contribuer à refonder la chorégraphie arabe, en vue d’exprimer des réalités et des contextes nouveaux.

Dans « Dansons Magazine », Thilda Moubayed a fort bien écrit que « la danse ne se présente plus comme une simple manifestation esthétique, mais comme le lieu d’une interaction survenue entre le corps humain et son environnement immédiat ».

La Danse Arabe Contemporaine de Lamia Safieddine est accompagnée principalement par des musiques de compositeurs arabes qui ont su allier l’authenticité de leurs origines à un ancrage dans les temps modernes.

Enracinée dans l’histoire millénaire et ouverte sur l’universel, la Danse Arabe Contemporaine de Lamia Safieddine ne relève finalement ni de l’imitation, ni de l’hommage. Elle ne se réduit pas à sa dimension technique ; sa finalité ultime est en effet de donner du sens et de transmettre l’émotion dont elle est elle-même un vecteur.

Fille de Libanais, je suis née en 1960 à Conakry, en Guinée. A 4 ans, après deux ans passés au Maroc, retour au Liban ; je commence à danser,  dans les fêtes, et toute seule devant un miroir à la maison, et puis à partir de 6 ans sur les planches du théâtre de mon école. A Beyrouth, la danse arabe ne s’apprend pas dans des cours, mais dans la vie : je danse et je vais voir les autres danser, au théâtre (où je découvre les comédies musicales de Fayrouz, les pièces de Roger Assaf) et au cinéma. Au début de la guerre en 1975, je quitte le Liban avec ma famille. Retour en Afrique, en Côte d’Ivoire cette fois. Je découvre la culture africaine, ses danses, ses rythmes, une autre gestuelle des corps. Le bac en poche, je pars pour Bruxelles, pour y étudier les sciences de l’éducation.

Mais le Liban reste une blessure, dont les discours ne rendent pas compte. La danse et le mime, ces paroles silencieuses, sont alors pour moi un engagement dans les souffrances du Liban, et une manière de les faire partager, de les transformer en un lieu de communication, qui déborde la communauté libanaise

Je crée au Théâtre de l’Emulation à Liège, avec des danseurs amateurs et des techniciens professionnels de toutes origines, des spectacles de théâtre-action qui mêlent le mime et la danse, en travaillant sur des situations concrètes de la guerre et des hommes. Les événements du Liban sont pour nous l’occasion d’exprimer les angoisses et les deuils qu’entraîne tout conflit armé, et de tenter de leur donner, par le langage de nos corps, du sens.

Et puis, en 1986, j’ai repris ma valise, destination le Brésil, où je soutiens une thèse de doctorat sur  » L’Enseignement bilingue et l’éducation interculturelle « , et où j’enseigne la méthodologie ludique en matière d’enseignement à l’Université de Sao Paulo. Je donne des cours de danses dans une académie, suis la carrière de jeunes élèves en tant que chorégraphe, me donne simplement au plaisir de la danse.

Je découvre dans ce creuset multiculturel qu’est le Brésil une spontanéité inouïe dans la pratique de la danse, et une ouverture à la danse orientale, la  » dansa arabe « , toute aussi spontanée, sans préjugés. Au Brésil, j’ai retrouvé l’Afrique et l’Europe, l’Orient et l’Occident. Je m’y suis retrouvée.

Les courants puissants de la vie m’ont ramenée sur le vieux continent. J’ai décidé de jeter l’ancre à Paris. Je participe à des stages de danse-théâtre avec Nadine Abad, et de mime à l’école Marceau. Je co-fonde l’Association Inter-Culturelle Orient-Occident (AIC00), qui compte parmi ses membres fondateurs Philippe Cazal, Youcef Chahine, Mahmoud Darwich, Guy de la Chevalerie, Francisco de Miraglia, Salah Stétié… Dans le cadre de l’AICOO j’organise à partir de 1994 « Les mardis du monde  » au Pied de Chameau puis au Divan du monde, spectacles de danses et musiques du monde suivis de fêtes où artistes et public dansent ensemble.

En 1997 je fonde la Compagnie de danses du monde Aicoo, puis, en 2001 ma propre compagnie de danse, la Compagnie Lamia Safieddine – Danses du monde. A partir de 1998, je réunis dans l’ensemble ASSIL des artistes musiciens de grande réputation qui participent en live à mes spectacles. Je continue de donner des cours. Dans mon travail de pédagogue comme dans mon travail de chorégraphe, je propose une autre approche de la danse arabe, une danse arabe du présent, du présent des voyages, des émigrations, des rencontres entre cultures, une danse arabe citoyenne du monde.

La danse que j’exprime sur la scène est orientale de nature, interculturelle dans son essence actuelle dans son interprétation. Ni danse d’animation, ni retour identitaire à un folklore ancien, mais l’élaboration d’une danse arabe contemporaine, porteuse d’un héritage de gestes et de mouvements toujours à réinventer. « Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé. lite continue.  » (Auguste Rodin).

 

« Un alphabet dansant du mouvement nous conduit à une extase visuelle, au rythme d’un corps façonné pour devenir une matière d’expression par excellence »

Hussein Skaf